segunda-feira, 4 de maio de 2015

Lisbonne, immédiatement - Par Olivier Frébourg. Sobre Dominique de Roux

QUI SE SOUVIENT de l'Avenida Palace ? À Lisbonne, au pied de l'avenue de la Liberté, cet hôtel était le paquebot de la Vieille Europe, amarré à la gare du Rossio : tentures or, fauteuils clubs vert amande, lourdes boiseries. Il y a quinze ans, on y buvait des cocktails internationaux, comme le monocle, servis par des barmen en livrée. L'hôtel, protégé par la naphtaline, est resté fermé de longues années à cause de la construction du métro : les murs vibraient sous les coups des marteaux-piqueurs, les parquets tremblaient. Au coucher du soleil, quand le Tage lance sa poussière d'or sur la ville, tout devenait plus calme et le fantôme de Dominique de Roux demandait ses clés : chambre 601.
Cet écrivain aimait les camps retranchés, les forts assiégés, les chantiers impossibles. Aujourd'hui, les touristes français viennent passer le week-end à Lisbonne : Pessoa dans une main, le Guide du routard dans l'autre.
Le matin du 25 avril 1974, un seul Français marche sur l'avenue de la Liberté : Dominique de Roux. C'est lui qui donnera à la France les premières images de la révolution des Œillets. Dans les années 1970, la France pompidolienne prend plutôt ses quartiers d'été en Espagne. De Roux préfère avril au Portugal. Il a pourtant bien connu Pompidou. L'été 1966, il a fumé le cigare à Cajarc, dans la propriété du futur président, avec l'éditeur Christian Bourgois, Olivier Guichard et Guy Béart.
Le comte Dominique de Roux connaît presque tous les barons du gaullisme de la Ve République. Michel Debré, Chaban-Delmas ont assisté à son mariage avec Jacqueline Brusset, la fille du député maire de Royan. Mais l'écrivain, l'éditeur, le grand reporter, l'intellectuel, l'imprécateur, le guérillero Dominique de Roux, né en 1935, est possédé par la construction d'un cinquième empire, un royaume ultramarin, africain, métissé, poétique : « Plus grand sera le désastre, irrémédiable, plus le cinquième empire sera proche. C'est notre promesse, notre blessure. » Ce sera la Lusitanie.